Coups de cœur pour trois albums à retrouver lors du salon du livre

Coups de cœur pour trois albums à retrouver lors du salon du livre

Coups de coeur pour Les Riches heures de Jacominus Gainsborough de Rébecca Dautremer, Promenons-nous dans les bois de Pauline Kalioujny et l’univers de Ghislaine Herbéra.

Retrouvez ces trois autrices et illustratrices au salon du livre les 29, 30 et 31 mars.

 

Les Riches heures de Jacominus Gainsborough, Rébecca Dautremer, éditions Sarbacane, 2018

Toute une vie racontée dans cet album -magnifique- de Rébecca Dautremer. La vie singulière de Jacominus : simple et complexe, légère et grave, lumineuse et sombre à la fois.

Douze double-pages sont des merveilles à contempler et à ressentir. Elles révèlent avec force et émotion les moments importants de la vie de Jacominus. Ces paysages alternent avec des portraits du personnage, qui au fil des pages, grandit puis vieillit et des images juxtaposées parfois de manière incongrue comme dans un album photo.

Jacominus est un lapin (nous l’oublions tant il est humanisé et sensible), il est rêveur, il parle peu. C’est surtout son regard et sa posture qui sont très expressifs et qui le rendent intensément vivant. Une légère inclinaison de la tête ou une paupière fermée, c’est là toute la délicatesse et la grâce des illustrations de Rébecca Dautremer.

Jacominus, pour quoi est-il lui et pas quelqu’un d’autre ? Y a t’il une place pour lui dans ce monde ? Quelle est-elle ? Comment la trouver ?

Rébecca Dautremer instaure une connivence avec le lecteur ou la lectrice, elle lui voue une grande confiance, tout n’est pas dit, elle suggère, elle questionne, elle cherche avec lui ou elle : « Qu’est-ce donc une vie qui vaut la peine d’être vécue ? ». Le rapport entre le texte et l’image se renforce au fur et à mesure des lectures. C’est un livre qui accompagne toute une vie, qui se découvre et se redécouvre à tous les âges…

Audrey Gaillard

 

L’univers de Ghislaine Herbéra

Difficile de choisir un album parmi tous ceux de Ghislaine Herbéra : Monsieur Cent têtes, prix du premier album du Salon de Montreuil en 2010, L’heure bleue, La grenouille qui grimace, Les trois bons amis, Sorcière blanche

Monsieur cent têtes est un album sur les différentes humeurs, sentiments exprimés à travers des masques. Chaque page est consacrée à l’un d’eux.

L’heure bleue, La grenouille qui grimace rassemblent la même famille nombreuse de petits êtres ronds ( qui avaient fait leur première apparition dans l’album La poupée cacahuète).

L’histoire se construit à partir du bébé de la fratrie, soit qu’il ait besoin d’un câlin, soit qu’il ne veuille pas manger sa purée de cacahuètes. Les couleurs pastel et tendres n’enlèvent rien à l’espièglerie des frères et sœurs ni à la note très volontairement féministe : la maman bricole et le papa lit des histoires. L’attention portée à l’autre est au cœur de ces deux albums.

G. Herbéra est aussi l’illustratrice du très bel album “Sorcière blanche” écrit par C. Norac. Ce conte reprend le thème de la sorcière ou ogresse en recherche d’enfant. La langue en est très poétique, et dans les illustrations de G. Herbéra on retrouve son goût du masque à travers le visage rond du « simplet ». Le combat en noir de la sorcière avec l’enfant rappelle les jeux en ombres chinoises que l’on a vu dans « La grenouille qui grimace ».

Sylvie Van Praët

Promenons-nous dans les bois, Pauline Kalioujny, éditions Thierry Magnier, 2017

Coup de cœur pour le travail de Pauline Kalioujny, et en particulier cet album-leporello qui se déroule comme un travelling de cinq mètres dans une forêt en noir, blanc et rouge.

On s’attend à entrer dans le domaine du familier, à savoir la ritournelle “promenons-nous dans les bois”. L’illustration nous annonce un modèle connu, celui de la fillette perdue dans la forêt (proche du petit chaperon rouge) et du grand méchant loup.

L’image joue un rôle contradicteur d’une manière inattendue : au refrain “loup que fais-tu ?”, le visage de la petite fille change progressivement, de la malice du jeu enfantin, à la peur. Mais pas la peur du loup, car à mesure que l’on déroule le leporello, on comprend que les animaux fuient (et Baba Yaga, qui fait une apparition !), un oiseau gît au sol… et le bois disparaît sous les coups de machines de chantier et des tronçonneuses d’hommes dont l’uniforme orange rompt l’harmonie des teintes.

Le texte de la chansonnette reste identique, mais est détourné par l’illustration d’une catastrophe écologique. “Loup y es-tu ?” devient un appel désespéré. La revanche se prépare subtilement : “je mets mes griffes”, “je mets mes dents”… le loup, jusque-là caché dans l’image, surgit pour charger les bûcherons, avec l’enfant montée sur son dos.

Le dos du leporello poursuit l’histoire après cette attaque, avec des scènes dispersées qui portent l’espoir d’un retour à la vie pour la nature et les animaux (dont un représentatif ver de terre pour la biodiversité).

Un brillant détournement des personnages de l’enfant et du loup, pour un propos clairement engagé, à travers la dédicace finale “aux générations futures”.

Anouk Gouzerh