L’heure des cadeaux ? par Anouk Gouzerh

L’heure des cadeaux ? par Anouk Gouzerh

 

À l’approche des fêtes, laissons les albums nous parler de cadeaux :

 

Un petit cadeau de rien du tout de Patrick McDonnell aux éditions Les Grandes Personnes

Faire le choix d’un cadeau peut être un moment compliqué. Ce petit album apporte une vision plutôt poétique à ce questionnement : le chat Mooch cherche un cadeau pour son ami le chien Earl, mais ce dernier a déjà…tout. La solution est donc de lui offrir… rien !

La critique de la consommation ne nous échappe pas, mais elle passe à travers un cheminement philosophique tout simple, parsemé de jeux de mots entre le RIEN et le TOUT. On est proche du dessin de presse qui croque notre société à coups de traits vifs : y a-t-il “rien” à la télévision ou bien du “trop” ? Et comment acheter du rien dans un supermarché à l’approche de Noël ?

Au milieu de toute cette agitation, la réponse viendra à Mooch en s’endormant (évidemment, pour un chat). Un cadeau vide, deux amis enlacés et une nuit enneigée…

 

Le Cadeau de mémé loup de Didier Dufresne et Armelle Modéré aux éditions de L’atelier du poisson soluble

À offrir avec précaution, si l’on veut éviter un malentendu…Voici à présent un album à l’humour vache, avec politesse de façade et pulsions destructrices.

Le jeune loup reçoit un cadeau de sa mémé. Forcément content (il espère un cochon tirelire), il l’ouvre… et voilà le lecteur du point de vue du fond du paquet, dans une page rouge où se peint l’horreur sur le visage du destinataire. On ne verra jamais le “cadeau” qui passe de mains en mains, chacun voulant s’en débarrasser à tout prix en l’offrant à un autre ! Les réactions d’effroi à la vue du présent sont hilarantes, en décalage avec la politesse hypocrite affichée des deux côtés. On voit d’ailleurs sur la page de gauche les espérances de celui qui reçoit (un pot de miel pour l’ours, une hache pour le castor…) et, page de droite, les mille façons fantasmées pour faire disparaître l’encombrante chose (le brûler, l’écraser, le couler avec une pierre, l’enterrer…!). Il va de soi que le cadeau retourne au premier fautif, qui écrit une gentille lettre de remerciements à sa mémé…