Une histoire pour trembler.

Une histoire pour trembler.

 

SAILLARD - Faim de loup

Eric PINTUS, Rémi SAILLARD (ill), Faim de loup, ed. Didier Jeunesse, 2010, 28 pages

 

À partir de 5 ans

Thèmes : Dominant-Dominé – Vengeance – Peur

Condensé pour pressés : Un loup cherche en vain de quoi rassasier sa faim. En voulant se cacher, il tombe au fond d’un trou. Le lapin qui l’aperçoit en profite pour se moquer de lui, ainsi réduit à l’impuissance. Mais il glisse à son tour et tente inutilement de se réconcilier avec le loup qui, la gueule ouverte, attend la fin de sa chute.


Eric Pintus (Auteur)

Eric Pintus est du Nord. Il est comédien, conteur et il écrit : on lui doit aussi « Ours qui lit », sur des images de Martine Bourre.

À lire là. 

Rémi SAILLARD
Invité de ce 31è Salon.

Rémi Saillard (1960), formé aux Arts-Déco de Strasbourg, travaille dans la presse, la publicité et l’édition. L’an passé il a publié trois albums, dont Le livre des merveilles de Marco Polo (Gallimard Jeunesse).

À suivre ici


 

 CRITIQUE

Le schéma narratif est extrêmement simple, si ce n’est qu’il nous fait passer par deux états d’âme contradictoires : le rire et la peur panique. On comprend que tout est affaire de situation et que, de l’un à l’autre, il n’y a souvent que la mince séparation du dominant au dominé, du tueur à la victime – le loup, qui n’a plus à attendre que la mort, chante le refrain de « La chanson de Craonne » qui, en 1917, disait le sacrifice des Poilus dans les tranchées.

Les images jouent des aplats, parfois en dégradé, pour traduire l’opposition manichéenne du loup et du lapin, du noir et de l’orange, entendez du mal et du bien. Graphiquement, y compris dans la typo aux moments cruciaux, tout est fait pour susciter une compréhension immédiate des situations : la bouche et les dents sont d’une expressivité radicale.

Si le scénario est très simple, le texte exprime une ambition autre : celle de concerner aussi bien les adultes que les enfants. Dès les premières pages, l’auteur joue de « faim » et de « fin » (jamais écrite) : « un livre qui commence par la faim », « C’est la faim, tu as faim ». Puis il glisse des expressions d’un registre lexical relevé : « le couvert des arbres », « reprendre du poil de la bête », « Ysengrin », la tendresse/tendreté de l’enfant, « la chaîne alimentaire », « aberration, cérumen, fiente, hématome… wassingue, yponomeute… » (les injures) et Craonne. L’enfant, à l’évidence, n’y est pas accessible et l’adulte, si c’est lui le lecteur, ne peut se lancer dans une explication de texte. Il recourra alors au capitaine Haddock, fertile en ce registre.

Quant à l’argument de ce livre, il parle aussi de sujets graves comme la haine et la mort. C’est une qualité.

 

 

Roger.
J’aime dans ce livre son double niveau
de lecture : la fable qui fait rire et puis
trembler ; la cruauté de son dénouement
(le lapin sera dévoré) propice à susciter
la réflexion. Qu’un livre ne se résume
pas à son scénario est une des conditions
indispensables pour que la littérature
puisse se déployer.

 

ACTUALITÉS SALON

Durant les trois jours il vous attendra au stand de la librairie des Halles. Il s’échappera un peu pour une rencontre à partir de 6 ans, le samedi 19, à 17h, à la salle des fêtes.

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