Une invitée, une lectrice : Quand il pleut, de Junko Nakamura, par Anouk Gouzerh

Une invitée, une lectrice :   Quand il pleut, de Junko Nakamura, par Anouk Gouzerh

Junko Nakamura capte l’intensité d’un instant de vie, un enfant qu’une averse réveille de sa sieste, tandis que le chat de la maison reste endormi.

L’album est court, simple et subtil à la fois. Tout un petit univers est enclos dans ses pages : la chambre, la maison, le jardin, le ciel.

Le récit s’enroule tranquillement autour du passage de la pluie et du retour du soleil, et d’une image centrale, le chat endormi sur le lit. L’avant et l’après se répondent : la mère se dépêche de rentrer le linge, le père le remet au soleil, les oiseaux s’abritent, leur mère s’envole pour cherche à manger, le chien s’ennuie, puis sort jouer… et le chat dort.

Le lecteur est porté vers un regard attentif : l’eau dans la terre, les gouttes du ciel, le ballon coincé dans l’arbre. Ceci grâce au sens des couleurs et du cadrage de Junko Nakamura. Les couleurs sont franches comme les phrases (une par page voire du silence) : jaune, bleu, brun, vert… Les illustrations sont créées au tampon, vives et nettes, et s’inspirent du style géométrique de Nathalie Parain, peintre et illustratrice ukrainienne, publiée dans les années 1930-1950 (Junko Nakamura est amatrice autant des dessins d’enfants que des anciens livres pour la jeunesse). Le blanc a une grande place dans l’album, à côté des couleurs. Ainsi, une double page s’attarde sur un fond entièrement blanc parcouru de fines gouttes bleues. L’essentiel est également contenu dans le cadrage. Nous sommes à hauteur de l’enfant, puis du sol lorsqu’il découvre l’eau qui s’infiltre dans la terre, et enfin du ciel, lorsqu’il offre son visage aux gouttes d’eau.

Pour nous faire accéder à cette apparente simplicité dans la représentation, Junko Nakamura déploie une grande maîtrise dans l’expression du temps, le temps de pluie et de soleil aussi bien que le temps qui passe doucement, et dans l’esthétique des sensations.

Ces albums nous ouvrent des perspectives, le quotidien y prend de l’ampleur. Il suffit de lire les dernières pages de Ce matin : ” La pluie d’hier n’est plus là. Partons voir le monde.”

Illustration Nathalie Parain, Ronds et carrés

Quand il pleut, Junko Nakamura,  éditions MeMo, 2014

Dans le cadre du salon du livre 2018, retrouvez l’exposition Quand il pleut  à l’agence du Crédit Mutuel de Beaugency, du 27 mars au 17 avril.